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Le texte que j’ai écrit pour parution dans la presse, lors de l’installation des ruches de la ville de Roanne, n’a jamais paru dans son intégralité (seulement quelques bribes), du fait qu’il aurait pu provoquer des remous chez nos agriculteurs. Je l’ai présenté plusieurs fois à des journalistes, sans succès.

Le but principal de l’installation des ruches en ville est pour nous la communication, c’est-à-dire l’occasion de parler plus souvent de nos problèmes et de démontrer une fois de plus que les abeilles vivent mieux en ville qu’à la campagne. Le miel récolté est laissé à la disposition de la ville de Roanne qui le conditionne et l’utilisera à sa guise (promotion du produit dans les écoles ou autre).

Je me rends compte que les agriculteurs sont devenus les seigneurs de notre temps qu’il ne faut pas brusquer. Pourtant, du fait qu’ils reçoivent des aides très importantes de la PAC et diverses primes, n’ont-ils pas un devoir de respect du consommateur et de notre environnement ? Actuellement, ce n’est guère le cas. Rappelons-leur que cet environnement ne leur appartient pas qu’il leur a été « prêté » pour un certain temps et qu’ils ont l’obligation de le léguer à leur descendance dans l’état sain où ils l’ont eu. Malgré tout le savoir qu’ils ont (et il est grand), il est évident qu’ils sont manipulés par les technocrates et les lobbies de la chimie qui prônent plus la quantité que la qualité. Voici ce texte qui aurait dû paraître.

L’abeille, sentinelle de l’environnement

Les pertes de ruches en fin d’hiver ont été très importantes : de 50 à 70 % selon les endroits. Or quand l’abeille ne peut vivre, il y a tout lieu de s’inquiéter.

L’abeille va-t-elle disparaître ? Elle a traversé tous les ages en résistant aux parasites, aux maladies, aux prédateurs. Avec la chimie à tout va, elle est en grand danger. Comment dans cet environnement aussi hostile, nos abeilles résisteront-elles encore longtemps ?

La perdrix et le faisan ont disparu ; le lapin, le lièvre et le corbeau freux sont de plus en plus rares, sans parler de nos petits oiseaux, et de nos rivières de plus en plus désertiques. À cela, une seule explication : l’agriculture a trop évolué dans le non respect ou dans l’ignorance de la nature.

L’abeille est affaiblie par la chimie agricole (engrais et pesticides), elle ne trouve plus les protéines qui lui sont nécessaires et ne peut plus se défendre des virus.

Quelques exemples. Nous savons que le roundup® (et d’autres désherbants) au contact des engrais, produit une molécule toxique appelée A.M.P.A. qui est très soluble dans l’eau. Elle détruit la vie aquatique, pollue marres et rivières et perturbe aussi la petite faune terrestre. Or l’abeille a besoin d’eau. Une ruche consomme 2 à 4 litres par jour en plein élevage (d’avril à juin)…

Les laboratoires ne cachent pas que leurs produits phytosanitaires insecticides d’enrobage des grains de semences (gaucho®, Régent®, Poncho®, Cruiser®, et Proteus®, le dernier né) sont neurotoxiques, systémiques. Et restent dans le sol est de plusieurs années. Comment alors imaginer qu’aucun effet ne paraîtra à la floraison ou à la récolte des céréales ? Ne se retrouvent-ils pas dans notre alimentation ? Dans l’agriculture biologique, ces produits sont interdits. Consommer bio, ce n’est pas seulement pour le goût, c’est aussi pour la santé.

La guttation. C’est un exsudat de sève, une transpiration de la plante (maïs, céréales…), qui sous certaines conditions de température et d’hygrométrie se produit la nuit. Ces gouttes sont bien récoltées par l’abeille au matin. Chargées de pesticides, elles empoisonnent l’abeille qui ne reverra pas sa ruche. S’en suit une dépopulation importante.

Ces insecticides sont employés trop systématiquement, souvent avant même tout attaque parasitaire. Idem pour les désherbants.

Interaction. Engrais, désherbant et insecticides ne font pas bon ménage pour l’homme. Leur dégradation provoque la création de nouvelles molécules, composées des trois et appelés « métabolites ». Ceux-ci sont encore plus virulents et dangereux pour la santé que le produit du laboratoire. Ce sont ces métabolites qui ont une grande rémanence dans le sol.

Les apiculteurs voient des signes de l’état de notre environnement au travers des habitants de la ruche et sont très inquiets pour l’avenir. Dans les quinze dernières années, la reine a perdu plus d’un an d’espérance de vie. Avant 1995 et l’arrivée des neurotoxiques, la reine vivait au moins durant quatre ans. Elle ne vit souvent plus que deux ans et parfois moins. Il devient dès lors impossible d’exploiter une ruche en vue d’avoir une récolte de miel.

Les enquêtes menées sur les pertes de colonies montrent que les zones les plus touchées sont celles de grandes cultures oléagineuses, de maïs et de céréales, suivies des régions d’élevage laitier. Les régions d’élevage paraissent moins touchées.

Avec le concours de la municipalité de Roanne, l’Abeille Roannaise a installé des ruches en ville, ce qui devrait démontrer, une fois de plus, que l’abeille vit mieux en ville qu’à la campagne, d’autant que Roanne et Mably se sont engagées à réduire au maximum les produits phytosanitaires. L’abeille est une sentinelle de l’environnement et l’agent principal de la biodiversité. Là où elle vit bien, l’homme peut vivre en toute sécurité.

P.S. Vu dans « L’Abeille de France »12/2010. Une interaction est démontrée par une chercheuse américaine entre l’imidaclopride et nosema. Le glucose oxydase qui désinfecte la colonie et la nourriture du couvain ne peut plus faire son office et la larve en est d’autant plus à la merci de tous les virus et agents pathogènes. Cela pourrait expliquer la présence de couvain mort dans les ruches retrouvées vides.

Albert Verdier